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Dessin et outils

Les hachures en dessin : ombrer au trait, de la plume à la bande dessinée

Une hachure est un ensemble de traits parallèles qui fait naître un gris là où il n'y a que du noir et du blanc. Croisées, courbes, serrées ou espacées, les hachures donnent volume, ombre et matière. C'est l'outil de base de l'encrage en noir et blanc.

Publié le 6 min de lecture

Feuille d'exercices de hachures à l'encre : carrés remplis de traits parallèles, croisés et courbes, du plus clair au plus sombre

Les hachures sont des traits rapprochés, parallèles ou croisés, qui créent une impression de gris dans un dessin au trait. Plus elles sont serrées et nombreuses, plus la zone paraît sombre. On s'en sert pour ombrer, modeler un volume, rendre une matière. En bande dessinée en noir et blanc, c'est l'outil principal des demi-teintes.

Cet article fait partie du rayon Dessin et outils. Il prolonge notre article sur l'encre de Chine, où l'on voit les outils de l'encrage.

Pourquoi hachurer

À l'encre, il n'existe que deux valeurs : le noir de l'encre et le blanc du papier. Pour suggérer une ombre légère, un volume arrondi ou une matière, il faut tricher : remplacer le gris par un mélange de noir et de blanc à l'échelle de l'œil. De loin, des traits fins et serrés se fondent en une teinte grise.

Les hachures sont la technique la plus ancienne de cette tricherie. Les graveurs les utilisaient bien avant la bande dessinée, sur le cuivre et sur le bois, parce que leur procédé d'impression ne connaissait pas non plus les gris. Les dessinateurs de presse, puis les auteurs de BD, en ont hérité, avec les mêmes gestes et parfois les mêmes outils.

Les différents types de hachures

On distingue plusieurs familles, que l'on combine souvent dans un même dessin.

Les hachures parallèles

Des traits droits, tous dans la même direction, à intervalle régulier. C'est la base. Elles donnent une teinte claire à moyenne, et leur direction peut suggérer la lumière ou le plan d'une surface.

Les hachures croisées

Une seconde couche de traits, dans une autre direction, posée sur la première. Le croisement assombrit fortement la zone. On peut ajouter une troisième et une quatrième couche pour aller vers le noir. C'est la technique des ombres profondes chez beaucoup d'illustrateurs.

Les hachures en courbe

Les traits suivent la forme de l'objet : ils s'arrondissent sur une joue, s'enroulent autour d'un bras, épousent un drapé. Ce sont les plus expressives, car elles décrivent le volume en même temps qu'elles l'ombrent. Elles demandent de bien comprendre la forme avant de tracer.

Le pointillé

Des points au lieu de traits. Plus ils sont denses, plus la zone est sombre. Le pointillé donne des dégradés très doux, mais il demande énormément de temps. On le réserve souvent à des surfaces réduites : une peau, une pierre, un ciel.

Les motifs et le gribouillis

Certains dessinateurs hachurent avec des boucles, des petits traits en tous sens ou des motifs répétés. Ces textures donnent de la matière : herbe, laine, écorce, mur ancien.

Construire une échelle de valeurs

L'exercice classique pour apprendre les hachures est l'échelle de valeurs. On trace une bande divisée en cinq à dix cases, de la plus claire, laissée blanche, à la plus sombre, presque noire. Puis on remplit chaque case avec des hachures de plus en plus denses : parallèles espacées, parallèles serrées, croisées, double croisement, et ainsi de suite.

Cette échelle sert ensuite de référence. Quand on ombre un dessin, on choisit pour chaque zone une case de l'échelle, ce qui évite les ombres trop uniformes ou les contrastes incohérents. Les cours de dessin font souvent faire cet exercice dès les premières séances.

Les gestes justes

Quelques principes rendent les hachures plus belles et plus efficaces.

Tracer d'un geste rapide et décidé. Un trait lent tremble et s'épaissit au bout. Un trait vif s'amincit naturellement aux extrémités, ce qui adoucit le passage d'une zone à l'autre.

Garder une direction cohérente dans une même zone. Des hachures qui partent dans tous les sens brouillent la lecture du volume.

Faire tourner la feuille plutôt que le poignet. Le geste est plus naturel dans un sens que dans l'autre.

Respecter les contours. Les hachures s'arrêtent au bord de l'objet, ou le dépassent volontairement, mais jamais au hasard.

Partir de la lumière

Avant de hachurer, il faut savoir d'où vient la lumière. C'est elle qui décide où vont les ombres, et donc les hachures. Une méthode simple consiste à dessiner une petite flèche dans la marge, au crayon, pour se rappeler la direction choisie pendant tout l'encrage.

Sur un objet, on distingue alors trois zones. La partie éclairée, qui reste blanche ou presque. L'ombre propre, la face de l'objet qui ne reçoit pas la lumière, où l'on pose des hachures de densité moyenne. L'ombre portée, enfin, la tache que l'objet projette sur le sol ou sur un mur, souvent la plus sombre, en hachures croisées ou en aplat.

Entre la zone éclairée et l'ombre, une transition progressive, quelques hachures espacées qui se resserrent, donne la rondeur. Sur un cube, au contraire, le passage est franc : une face claire, une face hachurée, une face plus sombre. Cette logique s'applique à tout, d'un visage à un immeuble, et elle reste la même dans une case de bande dessinée, même si l'auteur simplifie beaucoup.

Les hachures en bande dessinée

En bande dessinée, les hachures ont un rôle double. Elles modèlent les volumes, comme dans le dessin d'observation. Elles servent aussi la narration : séparer les plans, attirer l'œil, créer une ambiance.

Un décor hachuré à l'arrière-plan fait ressortir un personnage dessiné au trait simple. Une scène de nuit peut être entièrement construite en hachures croisées, avec quelques blancs pour les lumières. Un personnage dans l'ombre d'un porche sera hachuré pour faire sentir la menace.

Certains styles en font leur signature, avec des pages très travaillées, presque gravées. D'autres, comme la ligne claire, les évitent presque complètement et misent sur le contour et les aplats de couleur. Les deux approches ont leurs chefs-d'œuvre.

Les erreurs fréquentes

Trop hachurer. Une case couverte de hachures devient grise et illisible. Les blancs comptent autant que les noirs.

Des hachures trop fines et trop serrées. Elles se bouchent à l'impression, surtout si la planche est réduite. On teste sur une photocopie réduite.

Hachurer sans comprendre la forme. Des hachures droites sur une surface ronde aplatissent l'objet. On regarde d'abord d'où vient la lumière et quelle est la forme.

Mélanger trop de types dans une même zone. Le dessin devient confus. Une ou deux familles de hachures par image suffisent souvent.

Hachures au crayon et à l'écran

Les hachures ne sont pas réservées à l'encre. Au crayon graphite, elles se font plus doucement, et l'on peut les estomper. Dans le dessin technique, elles indiquent les coupes et les matériaux selon des conventions précises.

À l'écran, les logiciels de dessin proposent des pinceaux qui imitent la plume, et parfois des textures de hachures prêtes à poser. Ces outils dépannent, mais une hachure tracée à la main garde une vibration qu'aucun motif ne remplace. Beaucoup d'auteurs numériques continuent de hachurer trait par trait, à la tablette.

Pour prolonger la lecture

Les hachures se travaillent mieux avec un bon outil d'encrage : notre article sur l'encre de Chine présente plumes et pinceaux. Pour s'exercer chaque jour, rien ne vaut un carnet de croquis, où les exercices de valeurs trouvent naturellement leur place.

Petit quiz de case en case

Hachures : quatre questions

  1. Que produisent des hachures croisées par rapport à des hachures parallèles ?

    • Une zone plus claire
    • Une zone nettement plus sombre
    • Une texture de bois

    Tout est expliqué dans la partie Les hachures croisées

  2. Quelles hachures décrivent le volume en même temps qu'elles l'ombrent ?

    • Les hachures en courbe
    • Le pointillé
    • Les hachures à la règle

    Tout est expliqué dans la partie Les hachures en courbe

  3. À quoi sert l'échelle de valeurs ?

    • À mesurer la taille d'une case
    • À disposer d'une référence du clair au sombre
    • À choisir son encre

    Tout est expliqué dans la partie Construire une échelle de valeurs

  4. Pourquoi tester ses hachures sur une photocopie réduite ?

    • Parce que des hachures trop serrées se bouchent à l'impression
    • Pour gagner du temps
    • Parce que c'est obligatoire chez les éditeurs

    Tout est expliqué dans la partie Les erreurs fréquentes

Case suivante : Plumes, pinceaux et encre de Chine

Les questions en bulles

Faut-il hachurer avec une règle ?

Rarement. Les hachures à la règle donnent un aspect mécanique, proche du dessin technique. À main levée, les traits gardent une légère vibration qui rend le dessin vivant. La règle sert surtout pour les grandes surfaces architecturales.

Hachures ou aplats noirs : que choisir ?

Les deux se complètent. L'aplat noir crée des contrastes francs et graphiques ; la hachure donne des demi-teintes et de la matière. Beaucoup d'auteurs combinent des noirs pleins pour les ombres profondes et des hachures pour les transitions.

Les hachures passent-elles bien à l'impression ?

Oui, si les traits ne sont pas trop serrés. Des hachures très fines et très rapprochées risquent de se boucher à la réduction ou à l'impression et de devenir une tache grise. Il vaut mieux tester sur une photocopie réduite.

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