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Fabriquer une BD

La case de BD : taille, forme, cadre et ce qu'elle fait au récit

La case est l'unité de base de la bande dessinée : une image encadrée, qui montre un moment. Sa taille, sa forme et son cadre ne sont jamais neutres. Ils disent combien de temps dure la scène, où regarder, ce qui compte.

Publié le 6 min de lecture

Planche de bande dessinée au crayon avec des cases de tailles et de formes variées, certaines sans cadre, sur une table à dessin

La case de BD, qu'on appelle aussi vignette, est une image encadrée qui montre un moment de l'histoire. Sa taille, sa forme et son cadre décident de la durée de ce moment, de son importance et de l'endroit où le regard se pose. Une planche est une suite de cases, et la bande dessinée naît de ce qui se passe entre elles.

Cet article fait partie du rayon Fabriquer une BD. Il complète notre article sur la planche de BD, qui traite de la page entière.

Une case, un moment

Chaque case découpe un instant dans le récit. Ce moment peut être très bref, un geste, un regard, ou au contraire assez long : une conversation entière peut tenir dans une seule case si les répliques s'y succèdent. La case n'est donc pas une photographie, c'est une durée.

Le lecteur reconstitue ce qui se passe entre deux cases, sans même s'en rendre compte, et c'est précisément ce travail invisible qui le fait entrer dans l'histoire. C'est le rôle de la gouttière, l'espace blanc qui les sépare. Une main qui lève un verre dans une case, le verre vide dans la suivante : personne n'a besoin de voir la gorgée. Cette ellipse permanente est le moteur de la bande dessinée.

La taille règle l'importance

Une grande case attire le regard et ralentit la lecture. On la réserve aux moments qui comptent : l'arrivée dans un lieu nouveau, une révélation, un paysage qui doit impressionner. Une case pleine page, qui occupe toute la planche, est le maximum de cet effet.

Une petite case, au contraire, se lit très vite. Une suite de petites cases découpe une action en étapes rapides, ou fait sentir l'attente, quand rien ne bouge d'une case à l'autre sauf un détail. Les auteurs alternent les deux pour donner du rythme.

La largeur compte aussi. Une case très large, qui occupe toute une bande, donne de l'espace : un horizon, un décor, une foule. Une case haute et étroite souligne la verticalité : un immeuble, une chute, un personnage isolé.

Le cadre : fermé, ouvert, franchi

La plupart des cases ont un cadre, un trait qui les délimite. Ce trait peut lui-même jouer un rôle.

Un cadre fermé et net donne une lecture stable, classique. Un cadre absent, quand le dessin se fond dans le blanc de la page, donne une impression d'ouverture, de souvenir, de rêve. Un cadre ondulé ou flou signale souvent un flashback ou une pensée. Un cadre arrondi aux angles est parfois réservé aux souvenirs ou aux images rapportées.

Le cadre peut aussi être franchi. Un personnage qui déborde de sa case semble en sortir, comme s'il venait vers le lecteur. Une onomatopée qui déborde sur la case voisine relie deux moments. Ces transgressions fonctionnent d'autant mieux qu'elles restent rares. Une page où tous les personnages sortent de leur case n'a plus de cadre du tout, et l'effet disparaît : le lecteur ne sait plus ce qui est dedans ni ce qui est dehors.

La forme des cases

La case rectangulaire est la plus courante, mais rien n'oblige à s'y tenir. Des cases en biais donnent de l'énergie à une scène d'action. Une case ronde isole un détail, comme à travers une lunette. Des cases imbriquées, l'une posée sur l'autre, montrent deux moments simultanés ou un gros plan à l'intérieur d'un plan large.

Ces formes doivent rester lisibles. Le lecteur doit toujours savoir dans quel ordre lire les cases. Plus la mise en page est audacieuse, plus il faut guider le regard, par la position des bulles, la direction des mouvements, ou des cases qui s'enchaînent clairement.

La case muette

Une case sans texte, sans bulle ni récitatif, est dite muette. Elle a une force particulière : elle oblige le lecteur à regarder, à prendre le temps. Placée après une scène bavarde, elle fait l'effet d'un silence. Placée en fin de page, elle laisse une impression.

Certains livres entiers sont presque muets, et racontent tout par l'image. La case muette est aussi un bon exercice pour qui débute : raconter une petite scène en cinq cases sans aucun mot oblige à soigner les gestes, les expressions et le découpage.

Tracer les cases, en pratique

Sur papier, les cases se tracent au crayon, à la règle, une fois la mise en page décidée. Beaucoup d'auteurs les dessinent d'abord au crayon bleu, qui disparaît au scan, puis les repassent à l'encre en dernier, après le dessin, pour que les personnages qui débordent restent possibles. Un feutre à pointe calibrée ou une plume tirée le long d'une règle surélevée donne un trait régulier.

L'épaisseur du cadre fait partie du style. Un cadre fin et léger s'efface derrière le dessin ; un cadre épais, presque noir, affirme la case comme un objet. Certains auteurs tracent leurs cadres à main levée, légèrement tremblés, pour garder une impression de spontanéité.

À l'écran, les logiciels de dessin pour la bande dessinée proposent des outils de cases : on dessine un rectangle, on le découpe, et les gouttières se créent automatiquement avec la largeur choisie. On peut ensuite dessiner dans chaque case comme dans un masque, sans déborder, ou au contraire autoriser le débordement sur un calque séparé. Ces outils font gagner beaucoup de temps sur une page complexe.

La case et le rythme de la page

Une case ne se lit jamais seule. Sa place dans la planche change son effet. La première case d'une page installe souvent la scène. La dernière case d'une page de droite donne envie de tourner. Entre les deux, les cases se répondent par leurs tailles, leurs cadrages et leurs couleurs.

C'est pourquoi on décide de la taille et de la forme des cases au moment du storyboard, en voyant la page entière, et non case par case. Le choix des cadrages à l'intérieur de chaque case, plan large ou gros plan, est détaillé dans notre article sur les plans en BD.

Des styles différents selon les traditions

La façon d'utiliser les cases varie selon les traditions. L'album franco-belge classique aime les bandes régulières, avec des cases de hauteur proche. Les comics américains jouent volontiers des grandes cases spectaculaires. Le manga varie beaucoup les tailles et les formes, avec des cases éclatées dans les scènes d'action et de longues séquences de petites cases dans les moments intimes. Le roman graphique, enfin, ose souvent les grandes respirations, des pages entières pour une seule image.

Observer ces différences dans un album, un comic, un manga et un roman graphique est un excellent exercice pour qui veut construire ses propres pages. On en trouve facilement les exemples en bibliothèque, au rayon jeunesse comme au rayon adulte.

Pour prolonger la lecture

La case est le premier mot du vocabulaire de la bande dessinée ; les autres sont réunis dans notre vocabulaire de la BD. Pour l'étape suivante, le placement des textes dans les cases, voyez les bulles.

Votre liste avant de vous lancer

Vos cases sont-elles prêtes ?

Case suivante : La planche de BD, la page entière

Les questions en bulles

Combien de temps dure une case ?

Autant que ce qu'elle contient. Une case sans texte peut figer un instant ; une case avec trois répliques dure le temps de la conversation. Le lecteur règle aussi ce temps : il peut s'attarder sur une grande image ou passer vite sur une petite.

Une case doit-elle toujours avoir un cadre ?

Non. Beaucoup d'auteurs utilisent des cases sans cadre, dont le dessin se fond dans le blanc de la page. Elles donnent une impression d'ouverture, de souvenir ou de rêve, et rompent la régularité de la planche.

Les cases ont-elles une taille standard ?

Non. Dans la tradition franco-belge, beaucoup de planches s'organisent en trois ou quatre bandes, ce qui donne des cases de hauteur assez régulière. Mais la taille de chaque case dépend du récit, et il n'existe aucune norme.

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